Présentation du blogue

Onze finissants d’Arts et Lettres accompagnés de deux enseignants, Christian Braën et Guy Bourbonnais, suivront les traces de Haruki Murakami, auteur à l’étude sur lequel ils se sont penchés avec ardeur, au Japon. Suivez-les à travers leurs textes, témoignages de découvertes, d’éblouissement et d’éveil. Ce voyage est pour eux l’occasion de se plonger concrètement dans l’univers ambivalent et onirique de Murakami.

mercredi 15 juin 2011

Volutes de Tokyo

« Un autre gin tonic, Jacky », lançai-je au sympathique barman hier soir alors que nous avions fait la hasardeuse découverte d’un petit bar de la taille d’un placard à balai dans une rue retirée d’un quartier animé de Tokyo. « Call me Jacky », nous lance le barman un peu timide derrière un large comptoir de bois éclairé par une lumière chaleureuse qui projette notre ombre sur les murs quelque peu jaunis par la fumée des cigarettes qui s’évapore en un épais nuage au-dessus de ma tête.  Je toussote un peu, n’étant pas habituée de baigner dans la fumée secondaire dans un lieu aussi clos lors d’une sortie. Un hautparleur crache  une mélodie reggae qui crée une atmosphère de détente instantanée après une longue journée de transport.

La journée du lendemain se résume à une virée de shopping dans le quartier de Ginza et le spectacle de théâtre du type Kabuki.  Cette dernière activité me laisse planer dans un sentiment de doute et d’incompréhension. Les codes théâtraux ne correspondent pas du tout à ce que je connais du théâtre occidental.  Les acteurs semblent, à première vue, jouer faux et grossièrement dans leur kimono fleuri et sous leur maquillage de geisha. Vous avez bien lu, aucune actrice n’est présente sur scène; même les personnages féminin son tenus par des hommes. Parmi les spectateurs,  les cris de spectateurs explosent à travers la salle. Leur attitude, habituellement si calme, me trouble lorsque des encouragements et des applaudissements sont lancés pêle-mêle à un moment de la pièce qui me semble totalement aléatoire.

La soirée se termine dans un restaurant de grillades. Les types de viandes sont difficilement identifiables. Je me rends compte, en me pourléchant les babines, que je viens de manger le cœur d’un quelconque animal! 

PAR ÉLISE PROVENCHER

Tokyo

14 juin

Les gens défilent, tous différents les un des autres, ils vont à une vitesse continue, arrêtés seulement par une lumière rouge. Les jupes virevoltent, les vestons se frôlent. Tous vont dans une destination quelconque. Décidés à poursuivre leur destin, ce n’est pas la foule dans la rue, ni les trains, remplis à pleine capacité qui vont les arrêter.

Nous, touristes québécois, à la recherche de nouvelles aventures, cheminons à travers la voie qu’ils se tracent, à la recherche d’un nouveau monde, complètement changé de celui que nous avons quitté il y a maintenant deux semaines. Nous tentons de prendre la moindre particule de pays qu’ils nous donnent et nous en profitons le plus possible.

Après quelques heures de magasinages, nous sommes allés dans un théâtre Kabuki typiquement japonais. Alors que nous tentions de comprendre le sens des pièces (puisqu’il y en avait trois en tout), les acteurs jouaient sur scène et plusieurs spectateurs, eux dormaient, la tête penchée de côté, sommeillant, perdus dans leurs rêves. De la façon dont nous étions placés, la moitié de la scène nous était cachée, alors la pièce perdait en quelque sorte un peu de charme. L’expérience était enrichissante, nous avons pu, à la suite, comparer le théâtre que nous avons toujours connu, à celui-ci d’un style très différent. Le théâtre japonais m’a semblé moins convaincant que ne l’est celui du Québec. En fait, les spectateurs viennent voir un acteur en particulier, ce n’est pas la pièce qui les intéresse, mais la personne qui joue la pièce.

À la suite de cette démonstration d’art, Christian a tenté de nous trouver, pendant plusieurs instants, un restaurant où on nous servirait des brochettes. Finalement, nous avons choisi un restaurant où tout était écrit en japonais, même les prix. Alors il a commandé un peu n’importe quoi, au hasard, son ‘’petit doigt’’ lui disant que cela allait être bon. Il ne s’est pas trompé, plusieurs sortes de mets nous ont été apportées. Des brochettes de poulet, de bœuf, de porc et de viande que nous ne connaissions pas ont atterri sur notre table.
Nous avons arrêté de manger, seulement lorsque nous sentions que nous allions exploser. Le souper que nous avons mangé ce soir était notre avant dernier souper avant notre retour au Québec et nous en avons, je crois pour la plupart, tous profité.

PAR SARAH-KIM BOUDREAULT

La Barque solitaire

Tetsuo se  redresse soudainement sur son lit, suintant et essoufflé. Le jeune homme enfile ses pantoufles et va se rafraîchir les idées à travers le terrain de camping de l’île de Naoshima. Le ciel bleuté se répand comme une immense peinture à travers la nuit paisible de ce mois de juin. Le délicat clapotis des vagues brise le silence pesant, lourdement suspendu dans l’air. Alors qu’il sort de la salle de bain, Tetsuo croit apercevoir sur le rivage une lueur perçant les ténèbres épaisses.  L’homme s’approche de la plage et remarque la présence d’une petite barque près du quai.  Au fond de celle-ci, une petite lampe de poche encore ouverte éclaire la page couverture de L’Autre côté du miroir, posé ouvert sur le banc de la petite embarcation.  Étrange coïncidence, Tetsuo venait de finir ce roman la semaine dernière. Le jeune homme finit par pénétrer dans la barque et découvre sous un banc ce qui semble être l’itinéraire d’un voyage. Départ à Tokyo, arrêt à Kyoto, passage à Hiroshima; ces destinations sont  exactement les mêmes que les siennes. Tetuso, après avoir attendu que le mystérieux propriétaire du bateau ne revienne, retourne se coucher avec une impression de déjà vu qui hante les recoins de son esprit. Au réveil, la petite barque a  disparu sans laisser de trace.
Le lendemain soir, Tetsuo profite d’une soirée entre amis bien arrosée afin de célébrer le début des vacances. Alors que le groupe est aggloméré autour d’un feu de camp et d’une pyramide de bières, le jeune homme perçoit au loin, sur la plage, un petit point rouge d’où s’envole en véritables arabesques une fumée blanche et diaphane. Des motifs de tourbillons s’effritent à travers un ciel constellé d’étoiles. On aurait dit qu’une main invisible a lancé un amas de confettis brillants sur une immense toile opaque.  Tetsuo décide de quitter son groupe d’amis pour s’approcher de ce point rougeoyant. Alors qu’il retrouve l’endroit sur un rocher plat à l’extrémité de la plage, il ne découvre à ses pieds qu’une cigarette Malboro encore bien fraîche et fumante. Aucune trace du mystérieux inconnu. Il fouille dans sa poche, tire un paquet de Malboro et s’allume une cigarette en regardant les vagues recracher des amas d’algues gluantes sur la plage.

Lors de sa dernière soirée passée à Naoshima, Tetsuo tente le tout pour le tout afin de découvrir l’identité du véritable spectre qui semble hanter la plage depuis deux nuits. Il se positionne sur le quai et attend patiemment l’éventuel indice qui pourrait le guider vers l’énigmatique homme. Dans les alentours de minuit, Tetsuo croit apercevoir une ombre à travers les rochers au bout de la plage. Le jeune homme, préalablement tout habillé de noir, se faufile sans faire du bruit vers cet endroit. Le paysage sombre des montagnes se liquéfie à travers la sombre nuit qui enveloppe le camping.  Tetuso finit par s’approcher de la silhouette d’un homme accroupi sur le rebord d’un abrupt rocher. Les volutes de fumée d’échappent de sa cigarette déjà bien entamée. « Bonsoir », lance l’inconnu avant même que Tetsuo ne se soit approché de lui. « Bonsoir », lui réplique le jeune homme à la fois surpris et blessé dans son orgueil, l’homme ayant senti sa présence à distance.  Tetsuo vient s’asseoir à côté de l’inconnu et lui découvri une physionomie très banale : traits réguliers, nez droit, cheveux noirs et raides.  Après plusieurs minutes de silence oppressant, Tetsuo finit par demander à l’homme ce qu’il vient faire sur l’île de Naoshima. « Pour fuir , lui répond naturellement l’inconnu, fuir les collègues qui rêvent toute l’année aux deux semaines qu’ils prendront pour faire la crêpe à Hawaï, fuir ma femme qui batifole deux fois par semaine avec son associé lors d’un « dîner d’affaires », fuir mes enfants qui n’attendent que leur cadeau lorsque je reviens de voyage. Ça te dirait de prendre une marche sur la plage avec moi?
-Bien sûr, je crois que moi aussi, je  cherche un peu à fuir ».

Le lendemain matin, ne retrouvant pas leur ami dans sa tente, les compagnons de Tetsuo font le tour du terrain de camping.  Sur la plage près du quai, ces derniers retrouvent presque totalement enfoui dans le sable un exemplaire de L’autre côté du miroir.  Les pages bosselées dégoulinent d’une encre diluée. À partir de là, les compagnons observent sur le sable humide une seule trace de paire de pieds qui débute du rivage et qui aboutit dans la mer. Les vagues viennent lentement effacer la dernière présence de Tetsuo.

Fin. 

PAR ÉLISE PROVENCHER

lundi 13 juin 2011

Naoshima

Nous venons tout juste de quitter cette île aux falaises escarpées, aux forêts verdoyantes, entourée de l’océan, qu’est l’île de Naoshima. Elle nous a accueillis, sous un soleil de plomb, nous, les treize voyageurs. Après avoir fait une traversée en bateau, à travers de nombreuses autres îles, nous sommes finalement arrivés à bon port. Le soleil nous illuminant, nous avons commencé notre périple sur cette montagne de sable, en allant acheter notre repas. Ensuite, un petit tour d’autobus à travers cette petite ville nous a permis de nous rendre compte de la beauté que nous offrait Naoshima.



Le fait que nous ne dormions pas dans un hôtel, mais dans des yourtes,  ajoutait au charme que nous proposait cette île. Un petit crabe se promène dans la rue, il a peur, il s’enfuit. La plage est déserte, nous commençons à la meubler avec nos rires et nos conversations. Plusieurs se risquent dans la mer, l’eau est froide, les algues frôlent nos jambes, l’espace d’un instant, un poisson fait un bond hors de l’eau; le temps que nous regardions, il était déjà replongé sous l’eau. Nous passons la fin de notre première journée assis sur le quai, à regarder l’immensité, l’infini qui s’étend à nos pieds. L’eau est partout, quelques fois supprimée par les îles voisines.



Le soir, nous nous couchons au son des rires de la tente d’à côté et par le bruit des vagues qui vont et qui viennent, avec leur flot incessant.



La deuxième journée sur l’île, nous partons sous la pluie pour aller visiter deux musées d’art moderne, proposant autant du Claude Monet que des œuvres pour le moins étranges.

PAR SARAH-KIM BOUDREAULT

l'Art contemporain

Le sable mouillé s’infiltre doucement entre mes orteils qui frôlent l’eau de la mer salée bordant l’île de Naoshima. Les algues, dansant sous le rythme des vagues, habillent mes jambes qui s’agitent. L’eau glacée bleuit mes doigts et mes lèvres, mais le plaisir ressenti à ce moment de baignade dans la mer surpasse tout type d’inconfort. À cet instant, j’ai tout simplement l’impression de vivre. Les cris de joie de Myriam, Giulia et Charlotte se mêlent au murmure des vagues qui viennent lécher le sable fin et humide de la plage.  Je retourne dans ma yourte, grelottante comme une feuille sèche, animée d’un bien être qui me fait profiter de chaque seconde de ce moment présent.

Le lendemain, le groupe participe à la visite de trois musées d’art contemporain. L’implication du spectateur dans la majorité des œuvres égaie même les plus réticents à la tournée de  musées.  Le premier arrêt se fait au Benesse Art Museum. Alors que je reviens d’un terrain de camping, je me retrouve maintenant devant une véritable œuvre architecturale moderne. Le contraste est frappant; béton et buissons cohabitent en une harmonie parfaite. Je prends un plaisir particuliers devant les œuvres colorées ou loufoques de Warhol, Nauman et Hockney ou de celle plus conceptuelle, « Banzai Corner », de Yukinori Yanagdei, proposant une vision du Japon où l’esprit de communauté prime sur l’initiative individuelle. 



Je tombe sous le charme du Chichu Art Museum. Ici, l’architecture du bâtiment, dessinée par l’architecte Tadao Ando, se mêle littéralement aux œuvres plastiques de James Turrell, Claude Monet et Walter de Maria.  Les œuvres de Monet, exposées à la lumière naturelle dans une salle immaculée, se caractérisent par des couleurs profondes. La lumière du soleil dans la toile semble onduler sur la surface de l’eau. James Turrell, de son côté, fait de la lumière une forme d’art à part entière. Ombres et lueurs, abstraites et intangibles, deviennent ici un véritable médium artistique. Par ses jeux de lumières, certaines œuvres s’offrent à moi comme une espace infini et onirique qui me déstabilise du premier coup d’œil.  Walter de Maria, de son côté, propose un espace aux allures de 2001 Space Odyssey.  Un large escalier entouré de sculptures couvertes de feuilles d’or est reflété dans une immense sphère de granite qui trône au centre de l’immense pièce.  La lumière, que traverse l’endroit d’est en ouest, rebondit sur ces œuvres fascinantes et irréalistes. 



Je quitterai demain, avec nostalgie, ce lieu empreint d’une atmosphère particulièrement murakamienne. J’imagine Kafka longeant la rive sablonneuse rêvassant à son destin. Je vois l’adolescent du roman tournoyant sous la pluie qui rebondit sur toit de ma tante. Je crois apercevoir ce même garçon errer à travers les spectres de la forêt des montagnes qui enlacent le petit camping de Naoshima. 



PAR ÉLISE PROVENCHER

Souvenir d'Hiroshima

Le ciel s’éteint en quelques secondes. Le son lointain d’un grondement de tonnerre enveloppe le silence de la maison. Tout devient soudainement noir. Ma vie et celle de milliers d’innocents déboulent à cet instant dans un véritable abîme obscur dont l’écho des cris et des cœurs se répercute sur ses parois de cendres effritées par le feu. J’ouvre les yeux, j’ai l’impression que ma rétine reste collée à l’intérieur brûlant de mes paupières. À travers une rangée de cils clairsemés et carbonisés, je constate que ces sensations ne proviennent pas d’un cauchemar.

En tâtant le sol à la recherche de la porte, je trébuche contre un tison brûlant qui me fait perdre  l’équilibre et qui me blesse à la cheville. La douleur cuisante est insupportable. La soif étreint ma gorge enflammée. Une épaisse main de feu me caresse violemment le corps et finit par m’arracher les derniers lambeaux de vêtements sous l’impulsion d’une passion destructrice. Sous l’étroite ouverture de mes yeux agonisants, une dense fumée se faufile en volutes jusqu’au plafond de poutres de ma demeure. Je réussis, après avoir déployé des efforts surhumains, à atteindre la porte de la maison dont les murs crépitent comme un feu de camp sous l’assaut des flammes infernales.

À l’extérieur, une vision apocalyptique se présente à moi. Un ciel  rougeoyant est encombré de nuages enflammés qui couvrent l’ensemble de la ville. Le soleil et la vie sont restés enfermés dans les replis des souvenirs des survivants entre le désespoir et la colère. Une pluie d’encre noire s’abat sur la ville de cendres. Cette encre écrit le destin d’Hiroshima et scelle le souvenir de cette destruction de l’humain par l’humain. Cette même encre dévoile encore aujourd’hui la persévérance et le courage de des habitants qui ont enfin pu voir la lumière et la vie à travers les ténébreux et denses nuages. Je pousse mon dernier souffle au centre d’une véritable mer de cadavres carbonisés. Je me souviendrai d’Hiroshima. 

PAR ÉLISE PROVENCHER

Hiroshima pour toujours

Sa grand-mère lui parlait souvent de cet événement qui avait tant marqué sa ville natale. Elle avait vécu l’explosion de la bombe atomique. Elle avait vu tous ces gens souffrants, brûlés, morts. Elle disait qu’elle faisait encore des cauchemars, dans lesquels elle voyait les cadavres de sa mère et de sa sœur. Elle était âgée de seulement douze ans à cette époque, mais cet événement  avait changé le cours de sa vie. Le matin même, elle était partie, pensant que plusieurs heures plus tard, elle retrouverait sa famille pour le repas du soir. Malheureusement, cette journée-là avait été comme les autres. Alors qu’elle allait en direction du lieu où elle travaillait pour l’effort de guerre, une déflagration s’était fait entendre. Pendant ce qui lui semblait être plusieurs minutes, elle avait perdu connaissance. Trouvant le courage de se relever, elle avait marché jusqu’à l’endroit où quelques instants plus tôt, il y avait sa maison. À moitié effondrée, celle-ci était en train de brûler. Elle n’a pu sauver sa mère et sa sœur. 

C’est seulement quelques heures plus tard, que son frère l’a retrouvée.
Ils ont réussi à survivre. Leur famille avait été décimée, mais ils se sont soutenus et ont réussi à se reconstruire une maison. Pendant quelque temps, ils ont vécu ensemble, tentant d’accepter le deuil, mais lorsqu’elle a eu 18 ans, son frère est parti. Il ne pouvait plus vivre dans cette ville de souvenirs, il avait besoin de quitter sa ville natale pour tenter de trouver son bonheur ailleurs.

Chaque année, depuis qu’elle était toute jeune, sa grand-mère lui racontait cette histoire. Elle voulait lui décrire la douleur qu’elle avait ressentie à cette époque, mais surtout, elle voulait lui faire comprendre que même lorsque tout semble détruit et perdu, il y a toujours un moyen de trouver la force de réussir et de recommencer au début.

Demain, ça fera un an de plus, comme à chaque année.

PAR SARAH-KIM BOUDREAULT

samedi 11 juin 2011

Deux jours à Hiroshima

9 juin

Il aurait été souhaitable que cette nouvelle ville qui s’étendait à mes pieds et que je voyais pour la première fois me fasse le même effet que Kyoto. Malheureusement, cela ne s’est pas passé comme je l’avais tant souhaité. Ayant été détruite le 6 août 1945, par la première bombe atomique, elle a ensuite été reconstruite. On ne retrouve pas à Hiroshima, les traditions qu’il y a à Kyoto. Tout semble neuf et très industriel. De longues colonnes de tours et d’immeubles se suivent et se succèdent à travers les rues. Le seul endroit où l’on peut retrouver l’ancien Hiroshima, c’est dans le parc de la Paix, où l’on peut voir la seule ruine encore présente de cette épreuve.



On a voulu rendre à ce parc, une certaine beauté, mais en regardant ce dôme, monté sur des murs de briques, à moitié tombées, les frissons ont parcouru mon échine. Je ne pouvais qu’imaginer la douleur qu’avaient ressentie ces gens, alors qu’à 8 :14 ce jour du mois d’aout 1945, leur ville était encore celle qu’ils avaient toujours habitée, où ils avaient joué, grandi, travaillé. Ils ne pouvaient s’attendre à toute cette horreur qui, une minute plus tard, ce même jour, allait par la destruction tout changer. Des enfants sont décédés, d’autres n’ont jamais été retrouvés. Les familles ont été décimées, des orphelins parcouraient les rues pour leur survie.
Nous sommes entrés dans le musée de la Paix. J’ai lu et entendu toutes ces histoires d’horreurs qui nous étaient présentées. J’ai vu les restes d’habits calcinés de jeunes enfants et d’adultes et tout cela m’a fait comprendre, que les êtres humains peuvent être d’une grande cruauté. La première bombe atomique était un test, c’était un projet top secret, appelé «Projet Manhattan» qui avait pour but de révéler les dégâts que causerait le nucléaire.

Je suis contente d’avoir vu ce musée; j’ai beaucoup appris sur cette ville marquée par l'Histoire, mais j’ai aussi sur l’être humain, celui qui fait l'Histoire.

10 juin
Ce matin, nous nous sommes levés, nous avons déjeuné et nous sommes allés voir un sanctuaire, l’Itsukushima Shrine. Ce sanctuaire, créé en 593, est construit sur pilotis et lorsque la marée est haute, le sanctuaire se met à flotter. La porte de celui –ci, se trouvant dans l’eau, n’est pas toujours accessible, mais de nombreux visiteurs viennent sur l’île Miyajima pour se faire prendre en photo devant cette porte très célèbre. Ce sanctuaire est composé d’un long corridor de 280 mètres et toute cette structure est peinte en orange. Il est facile de comprendre l’attirance des touristes pour cette île, car une fois dans le bateau, malgré le brouillard qui courait le long des montagnes, on voyait que cette île était d’une grande beauté.

Une fois arrivés sur celle-ci, et en commençant notre marche vers le sanctuaire, nous apercevons de petits cerfs se promenant en liberté. Alors qu’on les dit de nature sauvage, ils venaient frôler nos corps et se faire caresser derrière les oreilles. Ce petit coin de pays paisible et entouré de montagnes suscite chez les explorateurs que nous sommes une grande attirance qui les pousse à le découvrir toujours un peu plus.



J’ai beaucoup aimé ces deux dernières journées, riches en connaissances et en beautés.

PAR SARAH-KIM BOUDREAULT

Après la pluie

Ce matin, une fine pluie fine se détache des nuages imposants qui obscurcissent le ciel d’Hiroshima. Je me rends, accompagnée de mes compagnons de voyage, vers le temple de l’île Miyajima. Sur le pont du traversier, j’entrevois le sommet des montagnes s’engouffrer à travers un brouillard dense. Au loin, des petites maisons dressées à flanc de montagne se révèlent à mon regard flou et enfumé. Cette vision me place immédiatement dans une atmosphère agréablement onirique. Bientôt, je vois l’arche orangée du temple shintoïste se dresser fièrement au centre de l’étendue d’eau. Ce paysage sobre et épuré calme immédiatement les esprits les plus agités. La marée est basse; le temple d’un orange flamboyant qui, habituellement flotte sur la surface de l’eau, repose maintenant sur des pilotis.

Trempés jusqu’aux os par la pluie, les membres du groupe se dirigent vers le restaurant du cousin de Christian. Nous sommes agréablement et très chaleureusement servis dans un décor typique du pays. Tout le monde est ainsi attablé directement sur le sol autour d’une table basse. Frites et rondelles d’oignons défilent, au plus grand bonheur des nostalgiques de la gastronomie québécoise. Crêpe-omelette méli-mélo (voir description du plat mangé hier) à la japonaise et viandes sautés viennent compléter ce gargantuesque repas de rois.



PAR ÉLISE PROVENCHER

Le Souvenir d'une catastrophe

Les habitants d’Hisroshima n’ont pas oublié. Devant le musée de la paix, un groupe de vieillards fait signer une pétition contre l’armement nucléaire. Les arbres autour de moi agitent leurs branches sous une brise humide. Une fontaine crache une eau diaphane en une multiplicité de jets. Un papillon se faufile entre les ruines du « dôme de la bombe A ». La vie, depuis les quelques soixante dernières années, a soulevé les cendres, a essuyé le sang des victimes, a redonné la lumière au ciel. L’épicentre de l’explosion, marqué par une sculpture de béton, est entouré de fleurs dévoilant leurs pétales gorgées de suc. Ces fleurs se sont nourries des larmes et du désespoir d’innocents qui, le 6 août 1945, ont connu une véritable apocalypse.




La première section du Musée de la Paix me plaît. On y relate les grands faits historiques importants en plus de quelques compléments intéressants qui n’avaient pas été abordés dans nos cours d’histoire.

Lorsque je passe à la seconde section, mon visage s’éteint d’un seul coup. Débris de verre et d’ongles déformés, morceaux de vêtements déchirés et calcinés, mèches de cheveux carbonisées constituent une véritable musée de l’épouvante. Les histoires rattachées à chacun de ces objets préservés me donnent le vertige en l’espace de quelques minutes. La vision d’un tricycle grugé par la rouille et le passage des années et celle d’un gamin de trois ans mort sous le choc de l’explosion finissent par m’achever. War is the work of men affiche le panneau commémoratif à la sortie du musée.




Le groupe s’arrête pour manger l’une des spécialités d’Hiroshima. Ce repas difforme composé de choux, de fèves germées, de nouilles, de bacon, d’œuf et d’une crêpe nous est servi directement sur une plaque chauffante. Les goûts et les textures se mélangent en un étrange amalgame dans ma bouche. Ce plat est définitivement au Japon ce que la poutine est au Québec!

PAR ÉLISE PROVENCHER

vendredi 10 juin 2011

Errance nocturne (nouvelle)

Mes yeux écarquillés fixent le plafond de ma chambre à coucher. J’en suis à ma cinquième heure d’insomnie. Au-dessus de ma tête flotte une lumière blafarde qui se répercute timidement sur les quatre murs de bois. De pâles lueurs, comme de véritables spectres, se faufilent dans les recoins ténébreux de la pièce exiguë.

Quatre heures du matin. Tout espoir que Morphée vienne me cueillir délicatement pour me poser dans le creux de ses bras rassurants s’est évaporé tel un rêve flou au petit matin. Je pose le pied à travers les carcasses de mes manuscrits de romans inachevés sur le sol. J’empoigne une veste en sortant et j’erre dans les rues en direction du centre-ville. Une obscurité opaque et surréaliste coule à travers les boutiques que je croise sur mon chemin. Un bourdonnement étouffé se répercute dans les confins de mon esprit et fend le silence excessif qui régnait chez moi il y a quelques minutes. Je finis par déboucher sur la rue Kawaramachi et y poursuis mon errance nocturne. Ici, l’obscurité s’effrite rapidement contre les lumières artificielles et criardes des grands magasins. Mes pupilles se rétractent au contact de cette luminosité qui perce violemment cette nuit d’encre.

Un taxi défile à toute vitesse sur ce grand boulevard rarement aussi désert. Un sillon lumineux poursuit le véhicule comme la trainée poussiéreuse et scintillante d’une étoile filante.
Je m’engage ensuite vers la petite avenue Nikishi. Tout au bout de celle-ci, un roucoulement de pigeon perce le lourd silence. J’avance en étouffant le bruit de mes pas et me camoufle derrière une distributrice de cigarettes pour éviter de me faire voir. Au bout de l’allée, une scène sortie tout droit d’un conte effrayant se déroule sous mes yeux. Une vieille dame assise sur un banc de bois lance violemment des miettes de pain à un pigeon boiteux qui exécute en vitesse des rotations autour de la dame. La volaille volatile semble narguer la vieille femme par son cri moqueur et perçant. Elle piétine, sans y porter la moindre attention, les miettes qui jonchent le sol. Me sentant mal à l’aise d’épier cet étrange événement, je toussote un peu avant de sortir de ma cachette. La dame relève immédiatement la tête. Un sourire se dessine sur son visage froissé et laisse paraître une rangée incomplète de dents carbonisées. On aurait dit les touches d’un vieux piano pourrissant dans le salon d’une maison abandonnée.

Avant que je n’aie le temps de me retourner pour fuir cette femme inquiétante, elle me fait signe de son doigt, pareil à une vieille branche desséchée, de m’approcher d’elle. Je fais plutôt l’inverse en prenant mes jambes à mon cou dans la direction opposée. Je me retourne et la vois, au loin, s’emparer soudainement du pigeon avant de le rouler dans une serviette et de le fourrer dans son sac.

J’aboutis, à bout de souffle, au cœur d’une rue d’un quartier résidentiel. Je me retourne furtivement dans toutes les directions, tel un petit animal craintif, pour m’assurer que je suis bien seul. J’emprunte une avenue étroite et sombre afin de me rediriger vers chez moi. J’aperçois alors, à l’intérieur de l’une des maisons, un éclat brillant qui se répercute dans la noirceur délavée de cette fin de nuit. Inexplicablement attiré par cet éclat, je m’approche de la fenêtre et y vois deux yeux me fixer intensément. Je reste figé là, l’espace d’une minute, à plonger mon regard dans celui de cette inconnue. Une jeune maïko finit pas entrouvrir la porte de la demeure et me fait signe de m’approcher. Son kimono négligemment ceinturé laisse entrevoir sa délicate épaule. Quelques mèches de cheveux aux reflets bleuâtres flottent comme de petits cerfs-volants sous une brise légère. La maïko se rapproche de mon visage et baise ma joue de ses lèvres carmins. Au même moment, elle glisse un petit objet dans la poche de ma veste. Alors que mes paupières sont encore closes, elle ferme la porte coulissante et s’évapore à travers les ténèbres brumeuses qui se faufilent dans sa demeure. Agité par tous ces événements étranges, j’appelle un taxi pour revenir chez moi.

Lorsque je referme la porte de ma chambre, je sors immédiatement le mystérieux cadeau de ma poche. Un petit flacon de vitre contient une luciole agonisante. Une faible lueur verdâtre s’échappe encore faiblement d’entre ses ailes. J’entends, peu après, un grattement contre ma fenêtre. Sur le parapet, est posé un pigeon dont la patte droite supporte un flacon semblable à celui que je viens d’ouvrir. Je libère l’oiseau de son emprise avant qu’il ne s’envole vers l’horizon marqué par la naissance du soleil. Étrange coïncidence : les deux flacons vitrés sont totalement identiques. En les regardant de plus près, j’aperçois qu’un minuscule morceau de papier est roulé à l’intérieur de chacune des bouteilles. Je déroule le premier : Les lueurs de la nuit ne sont qu’illusion alors que le second dévoile Les bourdonnements du silence ne sont que l’écho d’un rêve flou. Les lucioles finissent par s’échapper avant d’envelopper la pièce d’une douce lueur nocturne. Le frottement de leurs pattes crée un écho délicat à l’intérieur des chimères qui se faufilent enfin à travers ma conscience évanouie.

Fin

Par Élise Provencher

Propos en partie inspirés du récit réel de Mathieu Fortier ayant rencontré une femme capturant un pigeon à Kyoto.

La rivière (nouvelle)

Je marche dans cette ville depuis près d’une heure. Arrivée hier, tard dans la nuit, je n’ai ressenti que l’atmosphère magique qui habite cet endroit. Aujourd’hui, je vois Kyoto dans toute sa splendeur.

J’avais besoin de poser mes yeux sur quelque chose de nouveau. La perte de mon emploi et de mon meilleur ami pnt fait en sorte que ma ville natale, celle où je suis née et où j’ai vécu tant de joies et de peines, commençait à m’étouffer et à se refermer tout autour de moi. Je devais partir, m’éloigner, penser, vivre autre chose.

J’hésitais entre partir et aller me reposer sur le bord de la mer, ou découvrir un nouveau pays, ses mœurs et coutumes. En apprendre sur les autres, m’éloigner de moi-même, sortir de moi et découvrir qui sont les autres, oublier qui je suis. Le temps d’un instant, je plongeais dans un rêve où j’étais qu’une observatrice, sans corps ni âme. Je suis juste là, je peux voir, mais je ne peux pas toucher; je peux entendre, mais ne peux pas participer. Je n’ai pas hésité longtemps. Une semaine de repos au soleil aurait tôt fait de baisser la barrière derrière laquelle je me cache depuis peu, pour me ramener aux évènements des dernières semaines. J’ai plutôt choisi de venir me remplir les méninges d’une nouvelle culture et cette ville semble si parfaite. C’est vrai qu’il y a peu de temps que je suis arrivée, mais ces maisons coquettes, typiquement japonaises me font sentir chez moi. Je m’écoule au rythme de ces rivières qui coulent au centre de la ville et qui, pendant l’espace d’un instant, nous attirent à un tel point qu’on voudrait aller s’y baigner, à cause du climat chaud et humide de cette ville.
Je m’arrête un instant, le temps de me prendre un café glacé et vais m’installer sur le bord de l’eau. Un peu plus loin, de jeunes gamins s’amusent dans l’eau peu profonde, et s’arrosent au milieu de leurs éclats de rires. Je les envie d’avoir découvert cet endroit avant moi, de pouvoir, pendant leur jeunesse, profiter de ce petit coin féérique. J’aurais voulu, à cet instant, me retrouver à leur âge, entrer dans l’eau, hésiter l’espace d’un moment par la fraîcheur de ce liquide transparent et me jeter toute habillée, sans me soucier que plus tard, il faudrait que je rentre avec sur moi, ces vêtements rendus inconfortables. J’aimerais posséder encore cette insouciance, ne pas avoir à penser aux moindres détails de ma journée du lendemain. Finalement, je me lève. J’aurais pu prendre une photo d’eux, mais je décide de garder cet instant de bonheur au fond de moi, je n’ai pas envie de le partager.




Je marche en direction de mon hôtel, tranquillement, sans me soucier du temps qui passe à une vitesse effroyable dans ce coin de pays. Je finis par m’arrêter dans un petit restaurant de sushis et je mange en pensant à ma journée de demain. Très chargée! Plusieurs visites de temples sont au programme. J’ai déjà hâte de voir tout ce qui m’attend, j’ai l’impression que la moindre petite chose m’émerveille.

Un peu plus tard, je me couche en pensant que cette destination était mon meilleur choix depuis plusieurs semaine et que mon voyage sera réussi. Rien ni personne ne réussira à le troubler.

Par Sarah-Kim BOUDREAULT

jeudi 9 juin 2011

Quelques photos

Je vous invite à revoir quelques chroniques précédemment publiées: des photos pour le moins éloquentes ont été ajoutée, notamment trois de nos voyageuses maquillées et vêtues en geiko.

Jocelyn

Le Secret le mieux gardé du Japon

Kyoto – 7 juin 2011

Je ne cesse de rester bouche bée en constatant le raffinement japonais. Alors que dans un billet précédent je parlais d’hôtesses de l’air croisées à l’aéroport qui avaient particulièrement de la classe, plusieurs éléments témoignant d’une minutie délicate ont attiré mon regard, entre autres lorsque nous avons visité la demeure d’une dame qui nous a offert la cérémonie du thé, ou encore celle des beaux-parents de Christian. Là bas, on observe des tatamis de bambou, des sofas à motifs fleuris, des tapis à motifs herbeux, des boîtes de papiers-mouchoirs couvertes de fleurs, des cadres délicats, de la vaisselle magnifique et des murs, des plafonds et des rideaux texturés. Que ce soit lors de la cérémonie du thé, lors du dîner ou dans divers petits cafés japonais, je suis absorbée par les tasses qui sont parfois fleuries, parfois ornées de motifs d’animaux, parfois métalliques et certaines fois même incrustées de morceaux de coquillages.

De là, je me suis questionnée sur l’apport de la tradition à ce raffinement typiquement japonais. Les Japonais semblent réussir de façon étonnante à intégrer les traditions à leur mode de vie moderne. Par exemple, le kimono n’est pas un habillement réservé aux cérémonies traditionnelles; il peut être porté même dans la rue, pour toutes les circonstances de la vie quotidienne. Également, beaucoup vont utiliser des éventails lors des journées chaudes.
Aussi, les Japonais ont réussi à préserver plusieurs éléments culturels traditionnels importants, comme la cérémonie du thé et le concept de la Maiko ou Geiko. Un autre élément très intéressant que j’ai pu observer est la fréquentation des temples. Plusieurs jeunes Japonais vont faire leur jogging dans ces lieux sacrés remplis de verdure. Il ne faut également pas oublier que les villes abondent de restaurants typiquement japonais et de petits éléments qu’on peut associer uniquement à la culture japonaise. On ne sent pas que le Japon a subi une véritable américanisation.




Le calme des Japonais est quelque chose qui me marque énormément aussi. Ils travaillent six jours par semaine et vivent à un rythme inimaginable, mais presque jamais on ne les voit courir pour prendre le train ou pour traverser la rue et ils prennent le temps de prendre le thé et d’effectuer toute tâche avec qualité et minutie. Leur secret pour la réussite de l’intégration des traditions à un mode de vie moderne reste inconnu. Et moi je tâcherai de continuer l’analyse de ce phénomène!
Bientôt nous irons au musée de la bombe à Hiroshima! J’ai si hâte!

PAR LAURA PELLETIER

Les Petites sardines salées

Jade, Myriam-Sophie et moi nous rendons ce matin dans un studio d’une petite rue calme afin de vivre une véritable transformation…

Première étape : nous nous dirigeons, après nous être vêtues d’un sous-vêtement spécial, à la salle de maquillage. Un pinceau enduit d’un liquide blanc et froid parcours le haut de mon dos avant de remonter vers mon cou et, enfin, l’ensemble de mon visage. Des particules de poudre viennent ensuite caresser l’ensemble de mes joues. Quelques traits de crayons rouges et noirs viennent souligner mon regard. Mes lèvres sont finalement enduites d’un fard carmin. Second étape : une lourde perruque noire accessoirisée de fioritures colorées est posée sur ma tête. Dernière étape: c’est le moment de revêtir le kimono. Je suis enroulée, tel un morceau de saumon dans le riz d’un maki, dans une quantité inimaginable de serviettes et de couches de vêtements. Petit jupon, serviette, bandelette, serviette, eton serre le tout à l’aide de corde, serviette, bandelette, petit harnais aux épaules, kimono, bandelettes, kimono, ceinture, bandelette, cordelette. Me voilà enfin en véritable geiko! Je retiens mon souffle, il ne reste plus qu’à poser pour la caméra.




Je passe l’après-midi à errer à travers Kyoto. Jade et moi traversons un marché animé du centre-ville. Une forte odeur de poisson me frappe au premier abord et me donne un léger mal de cœur. Autour de moi défilent des étalages d’aliments informes et de masses non-identifiables. Des poissons morts me fixent de leurs petits yeux écarquillés. La chaleur causée par la cuisson des aliments crée une atmosphère oppressante. Ici, les odeurs, les couleurs et les textures créent un amalgame étourdissant qui m’est complètement inconnu. C’est ici, au cœur d’un marché, que la différence me surprend et me plonge dans un vertige. Le choc culturel passe alors à travers un paquet de petites sardines salées.

PAR ÉLISE PROVENCHER

Kyoto comme un rêve

Nous nous sommes réveillés plut tôt, car aujourd’hui c’était la cérémonie de thé. Vers onze heures, nous nous sommes rendus chez cette dame qui nous a reçus, tous ensemble, dans son salon, pour nous montrer comment se déroulait la traditionnelle cérémonie du thé. Assis tous ensemble, un peu coincés mais heureux d’être là, nous regardions Haruka, la belle-sœur de Christian, préparer le thé, pendant que cette gentille dame nous servait à chacun une tasse différente, choisie pour chacun de nous, un peu en fonction de ce que nous sommes. Elle, ainsi que sa famille avant elle, sont des maîtres de cet art. De génération en génération, ils se sont transmis cette tradition si propre au Japon.

À la suite de cette cérémonie, elle nous a décrit et montré les objets dont elle avait besoin pour faire le thé, dont une cuillère de bois, faite par le grand-père à partir du bois d’un arbre qui venait de sa cour. Tous ces objets sont précieux et sont choisis selon leur lien d’appartenance avec la saison. La conscience des saisons est très présente au Japon, et souvent des éléments de la vie quotidienne sont choisis de manière à faire un lien avec la saison en cours. Par exemple lorsque nous sommes allés voir la Maiko, elle avait dans sa coiffure une sorte de fleur que l’on retrouve seulement à cette époque de l’année. Tout élément découle d’un choix lumineux.

On dirait que dans ce pays du soleil levant, tout doit être parfait et choisi pour le mieux. Les rues sont étonnamment propres; on ne voit que très rarement des déchets au milieu de la rue, alors qu’à Montréal, il y en a énormément et nous sommes une population moins nombreuse qu’au Japon.




Dans l’après-midi, nous avons visité trois temples splendides. On dirait que plus je passe de temps à Kyoto, plus j’ai l’impression d’être dans une bulle de bonheur qui se referme tranquillement autour de moi et qu’à la fin, lorque je vais devoir en sortir, je vais laisser une partie de moi dans cette ville enchanteresse.




PAR SARAH-KIM BOUDREAULT